Au passant qui jamais ne revient sur ses terres...
Posté à 17:02, 16/03/2008
Un jour un grand homme que l’on disait austère, décida instamment, de faire le tour de ses terres. En passant devant un espace ouvert, là où sa haie laissait passer le vent, il vit de l’autre côté de sa barrière une jeune fille cheminant également. Il devait la saluer poliment, ainsi le voulaient les manières en ce temps ; recevoir à son tour ses compliments, avant de reprendre sa course à la lisière de ses champs. La jeune fille d’un air charmant, d’une démarche légère et lui souriant, approcha de sa barrière. Son teint de lys blanc, ses yeux de biche verts, le vent jouant avec son jupon blanc, étaient peu d’arguments. L’homme était myope évidemment, et d’allure très fière car plein d’esprit « Consternant, disait sa mère, de ne pas voir les gens ». A son grand étonnement, elle s’invita à le suivre à la lisière de ses champs. Elle lui fit remarquer l’herbe drue ici, la terre sèche là, le saule, pleurant près de la rivière, les oiseaux qui chantèrent. Que le temps était lent, et les heures entières, à coté de ces gens qui n’ont rien à faire et bavardent du présent. La séparation ne lui fut pas amère. Elle s’éloigna dans le soleil couchant.

Le lendemain, la jeune fille passa sur le même chemin, à l’endroit où ils s’étaient rencontrés hier, on avait labouré fraîchement. Elle ne rencontra pas son voisin. Il était parti de bon matin.
Le jour qui suivit, ils se croisèrent à l’endroit déjà décrit. Il ne s’arrêta guère et poursuivit.
Le jour suivant, elle le vit encore passer à la lisière des champs.
Et chaque jour durant, ils se croisèrent au même instant.
Il fallait bien qu’ils cessent de ne pas tourner dans le même sens.
- Vous jouez les sottes pour mieux piéger votre adversaire ! Venez de ce côté-ci de la frontière, car aujourd’hui j’ai décidé de plaire.- On vous dit un homme d’esprit, si votre motivation est sincère, c’est à vous de venir ici, de lever votre barrière et d’aller en mon sens.
Il obéit. Ils cheminèrent en silence tout l’après-midi et se quittèrent d’un signe de main.
Les jours suivants, ils se disaient « à demain ».
Par un clair matin, bordant leur chemin, ils croisèrent un cerisier en fleur et une pivoine jaune à ses pieds. Elle s’assit, il cueillit la fleur et goûtèrent tous deux au silence de la rivière. Quand l’émotion le prit, il partit, plus jamais elle ne le revit. On la maria, elle déménagea, un enfant naquit.
De bon matin, un jeune homme descendit du train ; tenant un objet dans sa main. Devant la maison de l’homme d’esprit, il suscita l’étonnement ; il y avait une ressemblance avec l’ancien propriétaire défunt récemment. Quand on apprit qui était sa mère, tout le monde comprit. A la main une chevalière où il était écrit « à mon cher fils ».
ajouté un commentaire
}